Aujourd’hui, l’heure est certes grave, mais elle l’a été plusieurs fois de 1958 à nos jours à la lecture des nombreuses transitions politiques que notre pays a connu et que ses acteurs sociopolitiques n’ont pas pu mettre à profit pour formuler une charte adéquate sous forme de vision consensuelle et de feuille de route infalsifiable avec des rôles clairement définis et forcements exécutés par chaque acteur quel que soient les circonstances et les contextes changeants.

1. Après plus d’un demi-siècle d’indépendance et d’efforts déployés à la fois par tous les régimes qui se sont succédé et les acteurs sociopolitiques qui les ont animés, pourquoi la Guinée est-elle toujours considérée comme le pays par excellence des rendez-vous politiques manqués pour poser les vrais jalons d’une véritable amorce de son processus de développement ?

2. Pour quoi le CMRN, le PUP et toutes les reformes sociopolitiques et économiques qui ont été engagées de 1984 à 2009 n’ont pas été à la hauteur des attentes des Guinéens en termes de réel changement social et d’amélioration sensible des conditions de vie des populations ?

3. Pourquoi le CNDD et toutes les reformes qui ont précédé le passage aux élections de 2010 n’ont pas été quadrillé par une charte adéquate qui aurait balisé le cadre pour l’exercice d’une gouvernance politique et économique qui nous éloignerait de toutes ces crises récurrentes qui limites encore aujourd’hui l’atteinte des résultats de développement au point de continuer à passer tout à fait à coté d’un véritable changement social et d’une sensible élévation des niveaux de vie de la majorité des populations guinéennes ?

4. Pourquoi après presque 9 ans de démocratie post crises politiques majeures, les Guinéens et leurs acteurs sociopolitiques continuent à s’enliser dans des crises politiques interminables qui freinent et compromettent les élans de développement en refusant de s’accorder sur l’essentiel possible ?

De toute évidence, la situation sociopolitique de notre pays a tout l’ère d’être toujours incapable de produire des lendemains meilleurs en rassurant tout bon observateur à travers la capacité des acteurs opposés à comprendre les enjeux du développement et des consensus qui s’y attachent.

En réalité, le Guinée notre pays est atypique et sa situation met principalement en exergue, la démission mortelle de ses intellectuels à analyser les causes profondes de ses crises sociopolitiques à répétition sa situation dite paradoxale au point de vue strictement politique.

Savons-nous que les questions politiques constituent depuis les indépendances le réservoir de tous les problèmes que notre pays continue à drainer et qui l’empêche de décoller malgré l’immensité de ses potentialités ?

Je crois encore aujourd’hui que sans une vision politique clairement définie par des apports croisés d’intellectuels guinéens neutres qui surplomberait le temps sur le très long terme, notre pays en dépit de ses énormes potentialités est voué à l’immobilisme.

J’estime que le creuset des recherches intellectuelles duquel jailliront la démarche et les orientations politiques salvatrices pour notre pays doit être éloigné de toutes les idéologies politiques portées par les partis actuels qui incarnent en majorité les réflexes de mobilisation communautaristes.

À cet effet, les intellectuels guinéens se doivent d’identifier les tendances positives ou négatives que révèle l’exploration des faits politiques et en décrivant les vrais scénarios consensuels pour éviter d’accoucher à long terme d’une société guinéenne totalement et définitivement vouée à l’immobilisme dans un environnement global où les autres pays bougent.

Ainsi, pour que les intellectuels guinéens puissent jouer correctement ce double rôle d’explorateur et d’éclaireur de la vie politique nationale, ils doivent par la pertinence des analyses et propositions faire éviter à ce pays l’essentiel des déviances stratégiques perpétrées par les acteurs politiques guinéens en orientant la dynamique dans le sens de l’accélération de la démocratisation adaptée aux valeurs socioculturelles et au développement intégral du pays.

Pour beaucoup d’observateurs, les intellectuels guinéens ne doivent pas davantage s’éloigner de la politique en tant qu’objet d’études, car laissés à eux seuls, les acteurs politiques guinéens compromettront définitivement la construction d’une Nation en sacrifiant par ricochet son développement.

A l’instar du rôle d’éclaireur qu’ont joué les intellectuels occidentaux du XVIIIème siècle, ceux de la guinée actuelle, doivent éclairer les décideurs par la pertinence des réflexions scientifiques qu’ils portent sur l’ensemble des secteurs vitaux de la nation et, en priorité celui de la politique en raison même de sa transversalité et de son impact direct sur la prise de meilleures décisions capables de consolider les orientations normatives indispensables à la construction d’un avenir radieux pour l’ensemble des guinéens.

Que Dieu sauve la Guinée


Aimé Stéphane MANSARE
Analyste politique indépendant