De quel que bord que soit l’injustice, combattons-la. De quel que bord que soit la vérité, défendons-la. Qui que soit la véritable victime, soyons de son côté. Soyons irréprochablement républicains en toute circonstance. Choisissons la Guinée dans sa diversité!

Dans la forme républicaine actuelle de notre État, le premier droit, ce n’est pas la sécurité, mais la sûreté. C’est à dire la puissance publique a l’obligation d’assurer la sécurité du citoyen, mais également sa sûreté face à l’arbitraire de l’État. L’État Guinéen à travers le CNRD, est en train de faillir à cette mission régalienne: celle de protéger le citoyen contre toute forme d’arbitraire, étatique ou non. Soyons honnêtes, ce qui se passe n’honore pas le CNRD. Il y a un mois, l’ancien ministre Tibou Kamara avait au mépris de toute forme procédurale, été cueilli à son domicile et gardé pendant des jours dans un endroit tenu secret. C’en est suivi ensuite du déguerpissement sans préavis des commerçants de la casse, base électorale du RPG. Aujourd’hui nous assistons à l’expropriation illégale des anciens élus du peuple, sans préavis ni communication publique préalables. Ceci a un air du déjà vu, du déjà vécu. Ceci ressemble à de l’écharnement contre des responsables et militants du RPG.

C’est commode pour tout État de vouloir récupérer ses domaines, légalement ou illégalement occupés. L’État peut même aller jusqu’à exproprier un citoyen dépositaire de son titre foncier. Cela fait partie des privilèges d’un État en tant que puissance publique. Mais faudrait-il veiller à ce que les procédures d’expropriation, de déguerpissements ou d’expulsions se déroulent en bonne et due forme. S’il en ressort établi que certains se soient attribués ces biens de façon frauduleuse, le patrimoine Bati devrait préalablement fournir tous les justificatifs s’y afférant, donner des préavis aux concernés, avant que la justice à travers la gendarmerie ne procède aux expulsions.  

Mais en l’espèce, intimer l’ordre à un ancien Président de l’Assemblée Nationale de déguerpir sans préavis, le CNRD s’est comporté dans ce dossier tel un vil instrument permettant d’humilier les dignitaires de la République. Nous devons être capables de voir au-delà des personnes, les dignitaires de la République qu’elles sont. Sans une communication claire justifiant le caractère urgent et obligatoire de cette démarche, le régime de la transition apparaît comme un régime arbitraire qui s’acharne contre une frange de sa population. En tout cas, dans cette forme actuelle des choses, c’est ce qui en ressort. Peut être que les autorités sont de bonne foi, mais la démarche en tout cas, n’est pas propre. Ça y ressemble à de l’acharnement, à de la volonté d’humilier les cadres du RPG. Ce qui jette l’opprobre sur les actions du CNRD, alors que nous devrions grandir de nos douleurs au lieu de les répéter tous azimuts.

Aux aveuglés de l’adversité politique qui se réjouissent de l’humiliation des dignitaires du régime déchu, sachez que c’est toute la Guinée qui se trouvera humiliée à travers l’humiliation des dignitaires de la République. Si vous n’êtes pas capables de voir au de-là de leurs personnes, c’est que vous êtes l’incarnation d’une Afrique dégradante qui doit disparaître, pour laisser place à une Afrique plus responsable et visionnaire.

Quant à ceux qui brandissent le caractère exceptionnel du régime pour justifier ces violations primaires, je voudrais rappeler que le droit au respect de la vie privée et familiale, comme la liberté d’expression, celle de manifestation… ou de culte, figure parmi les droits de première génération. Ce sont des droits inaliénables et imprescriptibles, qui restent inhérents à la personne humaine dont ils consacrent la sacralité. Nul ne peut entraver leur exercice et nul ne peut s’en défaire soit-même. Il est intolérable de prétexter cette situation d’exception pour justifier des violations ou privations de libertés fondamentales. Les droits de première génération se respectent même en temps de guerre, à fortiori…

Inutile pour les petits démagogues de soutenir le CNRD dans ses erreurs. Si nous avions hier condamné certaines pratiques du régime du RPG, l’honneur exige d’adopter la même posture face au CNRD. D’autant plus que l’armée guinéenne a une réputation à préserver. C’est une armée panafricaine de libération respectée partout en Afrique. L’armée Guinéenne c’est la noblesse, la défense de la patrie Africaine, elle ne doit en aucun cas se rabaisser aux barbouzeries d’un autre âge. Nous vous prions de rester vous-mêmes, en veillant au respect des procédures d’interpellations, d’audits ou d’expropriation. Parce qu’ »en droit, la forme commande sur le fond ».

Qu’il me soit donc permis d’exprimer toute ma solidarité au RPG, à ses cadres, à ses militants et sympathisants. Nous regrettons que l’adversité politique se réduise à des règlements de compte et autres gamineries. Le CNRD ne devrait pas se rabaisser à servir de vil instrument permettant aux uns de politiquement liquider les autres. Adopter une neutralité absolue est la garantie de la réussite de la transition.

Que Dieu bénisse la Guinée et l’Afrique!

                                                                              Kémoko CAMARA
Porte-parole du Front Républicain de Guinée