Il y a quelques mois, un mouvement politico-social, dénommé Force National pour la Défense de la Constitution (FNDC) est créé, composé des politiques, des citoyens lambda et une partie de la société civile dont l’objectif du départ est de défendre la constitution de la république de Guinée de toute modification, afin de barrer la route au président de la république de se représenter pour un 3e mandant (dit-il)
Il faut rappeler l’origine sociale, économique et politique et voir historique de ce mouvement.
L’origine sociale : L’élection du président de la république en 2010 a suscité beaucoup d’espoir au niveau de la population guinéenne en majorité dans le cadre de l’amélioration de leurs conditions de vie, puisque la Guinée sortait d’une situation très critique où les conditions de vie vers la fin du régime militaire du General Lansana Conté étaient à désirer. Malgré quelques progrès, les conditions de vie de la population ne se sont pas améliorées comme elle espérait.
Des universités éjectent des milliers de jeunes diplômés, peut d’entre eux trouvent un boulot après leur sortie. Cela a créé une situation de désespoir chez les jeunes. Pendant ce temps, l’administration publique vieillie. La pauvreté est passée de 49,1% en 2003 à 55,2 en 2012 (Nations Unies, Commission Economique pour l’Afrique, 2015).


A cela s’ajoute l’insécurité, l’injustice, l’insalubrité et la gabegie financière.
Cependant, il faut reconnaitre qu’il y a eu quelques améliorations au fil du temps : l’inflation est passée de 6,8% en 2009 à 9,0 en 2016 (INS, 2016) ; le taux de IDH est passé de 0,329 en 2000, à 0,459 en 2017 (PNUD) ; le taux de mortalité infantile est passé de70,2 à en 2014 à 67,5 sur 1000 en 2016 (INS, 2016) ; le taux net de scolarisation au primaire a progressé de 53,3% en 2002 à 66,7 en 2013 (Nations Unies, Commission Economique pour l’Afrique, 2015) etc. ;

L’origine économique : Le gouvernement annonce la stabilisation de la macroéconomie. Or, le panier ménager reste pauvre. La vie devient de plus en plus chère. Les populations se plaignent de jour en jour. Devant cette situation difficile, lorsque le gouvernement avait choisie d’augmenter le prix du carburant à 10 000 fg en 2018, la société civile de la république s’est constituée en une plateforme pour défendre l’intérêt de la population, dénommée ‘’les Forces Sociales’’. Ce mouvement ne verra pas long feu. Pour cause, le manque de sincérité de certains membres. Face à cette situation d’échec, un repositionnement sera engagé par certains membres, vu que la situation de la population ne s’améliore toujours pas à sa satisfaction ;

L’origine politique : les adversaires politiques du président, depuis 2010, ne lui font pas de cadeau avec des manifestations perpétuelles, qui ont engendrées des centaines de morts, et jusqu’à l’heure, l’on ne connait pas les responsables de ces crimes. L’opposition s’inscrivant dans un cadre de nihilisme pur et dur de la gouvernance, elle veut discréditer le pouvoir en place afin d’avoir un soutien de la population. Ces différentes manifestations de l’opposition n’ont donné que des accords politiques (qui peinent à être appliqués par le gouvernement). Des morts sont enregistrés au niveau des partisans et sympathisants de l’opposition (aucune justice ne s’est encore effectuée)… Je m’incline pieusement devant les dépouilles de ces personnes tuées lors des manifestations !

La mouvance, quant à elle, a procédé au démantèlement de cette opposition pour avoir la main libre. Elle a réussi à faire transiter bon nombres de partis politiques de l’opposition pour la mouvance, ou faire travailler certains au sein du gouvernement. Cela a affaibli l’opposition. Cette méthode des différents bords politiques, c’est la population qui en souffre. Car, au lieu que les débats se portent sur des questions de développements, l’on constate tristement que tous les débats sont orientés vers des questions électorales. A la fin, l’on se demande si ces politiques sont pour la population qu’ils prétendent défendre ?
Un peu plutart, elle (opposition) s’est reconstituée, cette fois, avec certains frustrés de la mouvance.
Alors, devant cette situation socio-économico-politique, des opportunités sont recherchées par les uns et les autres (une partie de la société civile et une partie des partis politiques) pour dénoncer la mauvaise gouvernance et la pauvreté, d’une part ; et d’avoir de la crédibilité aux yeux de la population, d’autre part. C’est ainsi, qu’ils se sont saisis de la question de la constitution et un éventuel 3e mandat.
Au sein de Amoulanfé (ça ne marchera pas), deux groupes s’y trouvent principalement pour un objectif apparent commun, celui de défendre la constitution pour empêcher que le président ait une présidence à vie afin pour que l’alternance soit assurée en 2020.

L’agenda caché des uns et des autres au sein de ce mouvement sont entre autres :
Pour la société civile :
démontrer à l’Etat qu’elle n’est pas affaiblie malgré l’échec dans la lutte pour la baisse du prix du carburant à 8 000 (8000 c’est bon) ;
lutter pour qu’aux élections présidentielles prochaines, que les gouvernants actuels soient sanctionnés par la population en choisissant un autre à la tête de la nation ;
lutter contre le système de ‘’vieutocratie’’ actuel qui dure depuis des décennies, afin que les jeunes soient mis au-devant de la scène.

Pour les partis politiques :
La conquête du pouvoir en provoquant une insurrection populaire en se servant des jeunes ;
S’associer à la société civile afin d’avoir une certaine crédibilité aux yeux de l’opinion internationale surtout, vu que leurs séries de manifestation n’ont pas rapporté grande chose en étant partis politiques ;
Avoir un cadre idéal de concertation ou de dialogue sur des questions électorales prochaines.
Vu ce constat, nous pouvons nous attendre à la manifestation ou au déclenchement d’un conflit latent qui existe entre les deux principaux groupes de ce mouvement (Amoulanfé). Ce conflit sera intergénérationnel. La société civile lutte contre un système qui existe depuis des décennies. Paradoxalement, elle la mène avec certains qui ont entretenues ce système à un moment donné, et qui continuerons sûrement à l’entretenir lorsqu’ils seront aux affaires une fois de plus. Qui faut-il donc combattre en premier : ceux qui sont à l’intérieur ou ceux qui sont à l’extérieur du mouvement ? Par ailleurs, du côté de la mouvance ou les partisans du régime en place, la question de la nouvelle constitution ne signifie guère accorder un mandat de plus au président de la république ou pas.

A leur niveau, il y a également des partis politiques et une partie de ma société civile qui soutiennent d’aller au referendum pour une nouvelle constitution.

L’Etat, pour réduire ou restreindre certaines libertés, emploie parfois l’intimidation et la force. Utilisant parfois le bien public, il utilise tous les moyens pour montrer surtout à l’opinion internationale qu’il a le soutien de la population en majorité.
Ne voulant pas se prononcer sur un éventuel mandant de plus pour le président, la mouvance maintien le flou en disant que la nouvelle constitution n’est pas égale à un mandat de plus pour le président. La suspense est donc maintenue, et les adversaires politiques ont la peur dans le vendre, car ils savent ce qu’ils ont fait dans le passé (en tout cas certains). Et pour la jeunesse, elle ne veut plus être dans cette situation qui n’a que trop durée.
D’un côté, Amoulanfé pense avoir le peuple avec lui ; de l’autre, Alammanè (ça va marcher) pense avoir le peuple de son côté. Nous assistons ainsi à une démonstration de force, en lieu et place d’un débat citoyen et fraternel où ‘’la force des arguments doit primer’’ (AST). Les pauvres populations en souffrent et elles en paniquent, et elles ne savent pas de quel saint se vouer.

Amoulanfé exige que le président de la république se prononce sur son éventuelle candidature pour le 3e mandant et renonce au projet de nouvelle constitution. Les questions que l’on se pose sont celles-ci : sur quelle base juridique Amoulanfé exige au président de se prononcer ? Cette constitution qu’il prétend défendre ne donne-t-il pas le droit au président de la république de proposer un changement ou une modification de la constitution ? La population n’a-t-il pas le droit de dire oui ou non lors d’un referendum ?
Devant cette situation de bipolarisation de la société guinéenne, un tiers mouvement se crée, Anawotagui (cela ne concerne que vous). Celui-ci veut dénoncer l’abus des deux pôles, qui pensent que chaque citoyen doit choisir son camp entre ‘’Amoulanfé’’ et ‘’Alammanè’’. Ils considèrent ceux qui ne sont pas dans l’un des deux camps de lâches, d’hypocrites. Or, en démocratie, chaque citoyen est libre de son choix. Si tel est le cas, ces deux bords défendent alors qu’elle constitution ?
Ce mouvement se veut éviter que le débat public ne se radicalise et que les deux bords ne nous mènent vers une situation qui va faire sombrer et fragiliser d’avantage le pays.
Cette situation socio-politico-économique démontre tout simplement que le peuple de Guinée veut un changement :
Un changement pour que nos institutions soient fortes ;
Un changement pour qu’il y ait une alternance au pouvoir lors des prochaines élections ;
Un changement pour que les jeunes soient dans toutes les instances de la république ;
Un changement où les droits de la femme et de l’enfant sont respectés ;
Un changement pour une restructuration de la classe politique ;
Un changement où les débats intellectuels sur les questions de développements sont fréquents ;
Un changement où l’éducation est mise au centre des préoccupations ;
Un changement où le sentiment patriotique et panafricain est de mise ;
Un changement où les mérites sont reconnus et récompensés ;
Un changement où la justice est équitable ;
Un changement pour qu’il ait développement inclusif et durable.


Par Ibrahima Loncebalitai Konaté
Sociologue, Ecrivain et Professeur N’ko, Activiste de la Société Civile Guinéenne.