L’assemblée nationale de Mauritanie vient d’interdire, d’après RFI, l’usage du français.

Les langues autorisées désormais à l’hémicycle sont l’arabe, langue officielle du pays et les 3 autres langues negroafricaines que sont le Pulaar, le wolof et le soninké.

Mais voilà que des Nègres députés fustigent cette loi parlementaire en revendiquant l’exclusion du français comme étant de la ségrégation à leurs égards. Pour eux, les députés noirs mauritaniens, l’exclusion du français est leur marginalisation et leur coupe de facto des autres communautés noires voisines d’Afrique de l’ouest qui partagent le français comme langue officielle (Mali, Sénégal).

Je ne partage pas leur opinion. Même si j’ai toujours critiqué l’esclavagisme dans la société mauritanienne, je pense que les peuples negroafricains de Mauritanie sont en train de passer à côté d’une opportunité historique majeure : la reconnaissance officielle de leurs langues (pular, wolof, soninke).

Aujourd’hui, ces trois langues sont bien documentées et peuvent être une véritable alternative au français dans leur communication avec les voisins Sénégalais, maliens, Guinéens…).

Le wolof est une langue africaine contemporaine prépondérante au Sénégal, le pular est une langue africaine majeure utilisée dans une grande portion de l’espace sahelien, et qui a une portée historique au Fouta Djalon, Fouta Toro, macina, adamaoua ; le soninke fut la langue dominante de l’empire du Ghana et également parlé au Mali.

Aujourd’hui, tout le monde a compris que le développement passe par les langues du terroir sauf les lettrés semi-intellectuels francophones de l’Afrique subsaharienne que nous sommes. La belle opportunité que les parlementaires mauritaniens offrent à ces langues africaines doit être saisie en lançant un appel à toutes les personnes ressources et spécialistes de ces langues afin de réussir cette expérience d’officialisation. Cette opportunité, les langues africaines dans les pays africains subsahariens que nous sommes, ne l’ont pas. Donc les noirs mauritaniens ne doivent pas accepter d’être le cheval de Troie du néo colonialisme linguistique dans leur pays. Cette chance inespérée, nous, on ne l’a pas. En attendant que les élites aliénées de nos pays se réveillent, la Mauritanie peut être pionnière comme la Guinée de Sékou Touré le fût.

Nafadji Sory CONDE, Sociologue et linguiste n’ko, promoteur panafricain des langues africaines.