Quand L’OTAN et la Communauté internationale « téléguidées » par le Conseil de Sécurité des Nations-unies, et sous la « prophétie » de « Sarko » ont décidé de « liquider » le Guide Mouammar Khadafi, seul le Président malien, Amadou Toumani Touré avait fait preuve de courage pour témoigner sa solidarité à l’homme qui avait de réelles ambitions pour l’Afrique. Il avait refusé que le Mali soit une base arrière des forces de l’OTAN et le refus systématique de voir l’espace aérien du Mali devenir le dernier élément de l’arsenal du mal. À lui seul, la volonté ne suffisait. La suite, on la connaît avec le coup d’Etat qui lui renversa à un mois des élections présidentielles auxquelles il n’était nullement candidat. L’Union Africaine, aucun pays, aucun chef d’Etat africains n’a osé défié cet ordre d’en haut.

Depuis des décennies, des théâtres de guerre ont fait et continuent malheureusement de faire des milliers de morts à travers le continent, des guerres civiles, des rebellions, la famine, le pillage systématique de nos ressources, le soutien aux régimes despotiques et dictatoriaux, l’enfantillage et la trahison des élites africaines. Depuis plus de 60 ans donc, les pays africains, nos hommes politiques et leaders d’opinion sont incapables de fédérer nos États autour d’un même idéal, les Etats-unis d’Afrique. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui n y ont jamais cru, pas une seconde. Chaque pays africain doit voler de ses propres ailes et nous avons oublié cette solidarité africaine d’antan. Dans un monde globalisé où même les plus puissants cherchent davantage des alliés, seuls les Etats africains continuent de tergiverser. Nous avons perdu nos valeurs au profit des diktats de ceux qui n’ont aucune leçon ni de morale ni de légitimité, encore moins de souveraineté à nous enseigner. Dans un contexte de crise sécuritaire et sanitaire, au moment où les maliens peinent à aller de l’avant, les seuls moyens pour la CEDEAO d’aider ce pays à sortir de la peur et de l’asservissement, ce sont des sanctions draconiennes à son encontre ? Drôles de solutions.

Pour celui qui a de la peine à marcher avec un bidon de vingt litres, un fut d’eau sur sa tête, l’évanouissement est en réalité un euphémisme. Encore une fois, les pays africains sont en train d’échouer au Mali. Ils persistent dans des considérations qui ne veulent absolument rien dire.
Où est la démocratie ? Où est la légitimité ? Où est donc le droit ? Où sont ces valeurs que la CEDEAO nargue de défendre quand vous avez des chefs d’Etat au siège indéboulonnable? C’est quoi sa position contre toutes ces révélations au sujet l’imbroglio du Nord-Mali ? La CEDEAO est-elle aussi sourde pour ne s’intéresser qu’à l’établissement d’un ordre constitutionnel dans un climat aussi incertain ? À quels prix ? L’intégrité du Mali, le recouvrement de celle-ci, dans toute son entièreté, la sécurité des maliens et leurs biens, la lutte contre ce terrorisme « importé », la refondation de ce pays devraient-ils être relégués pour l’organisation d’élections dont les maliens – dans leur majorité – ne veulent pas pour l’instant ? Au nom de quelle urgence ? C’est quoi le plus important aux yeux nos chefs d’Etat ?

Courage et force au peuple au malien. Seul le peuple malien est fondé dans sa souveraineté de décider ce qu’il veut pour son avenir. Aucune institution, aucune puissance extérieure ne devrait s’y substituer d’aucune manière, quand on sait à juste titre que cette situation n’a que trop duré. L’Afrique des peuples et des libertés ne sera possible qu’en écoutant la voix et la volonté des peuples africains qui sont fatigués des impositions qui ne leur apportent que misères et souffrances.

Aujourd’hui, il y a dans la situation malienne une double exigence. Autant les maliens ont tout le loisir de tenir leur Transition comme ils le souhaitent, autant qu’il est nécessaire d’en dépassionner le débat et de comprendre pour une fois qu’il faudrait mieux ne pas avoir la CEDEAO et la Communauté internationale dans le dos. Elles peuvent être très hostiles. C’est dire que s’il y a lieu de tenir tête, il faudrait l’assumer, mais mieux, il faudrait trouver d’autres partenaires plus sûrs afin d’éviter aux populations maliennes des peines supplémentaires.
Mais en vérité, le bras de fer qui semble se dessiner est inévitable. La CEDEAO dans ses lignes actuelles est incapable de résoudre le problème malien. Elle a des solutions qui n’ont rien à voir avec les problèmes de fond.

Ali CAMARA