Si la véracité des complots n’est plus discutée de nos jours, en tout cas par les esprits avertis et par les hommes pétris de culture et de vérité, il faut regretter le fait que certains compatriotes persévèrent dans la falsification. Une interview de Fodé Marega m’a été envoyée ce soir. Une vidéo dans laquelle, il nie la véracité des complots. Il dit que les portugais étaient simplement venus délivrer un de leurs compatriotes. Il dit que le complot des enseignants était pure invention…

Je voudrais dire pour commencer que je partage très sincèrement la douleur de Mr Marega pour la perte de son père. J’ai perdu ma mère, je sais combien est douloureuse la perte d’un proche. Encore pire si cette personne est reconnue être traître à la République. Je partage très sincèrement sa douleur. Mais l’histoire étant un ensemble de faits têtus, je voudrais très respectueusement lui apporter contradiction sur ses déclarations. Je serai bientôt au pays, j’aurai l’occasion d’utiliser les mêmes canaux que lui.

1- Sur le complot des enseignants, Maurice Robert déclare dans « le ministre de l’Afrique », je cite:  » Nous devions déstabiliser Sékou Touré, le rendre vulnérable, impopulaire et faciliter la prise du pouvoir par l’opposition ». C’est ensuite que l’opposant Keita Koumandjan créa un syndicat et devint un instrument de cette politique. Il faut préciser que Keita Koumandjan était de ceux qui ont protesté contre la décision de leur parti le BAG à rejoindre la dynamique indépendantiste du PDG. Le complot de 1961 est également mentionné par Pierre Mesmer dans ses mémoires.

2- Ensuite Mr Marega parle de Telli Diallo. Moi je vous renvoie à l’ouvrage «seule la vérité blesse » paru chez Plon en 1987, d’André Giresse. Cet ancien Président de la cour d’assises de Paris retrace à propos de la réaction de Diallo Telly face aux résultats du référendum gaulliste en 1958. Giresse raconte : « J’entends encore Diallo Telly, ancien élève de l’École nationale de la France d’outre-mer comme moi, désemparé en apprenant que la Guinée se prononçait contre la France, en septembre 1958. « Qu’est-ce que je vais devenir ? » Sanglotait-il sur le pont de la Concorde. « Je suis tout de même français à part entière ! ».

Ce passage est une preuve éloquente de la position de ce grand intellectuel face à l’indépendance de son pays et à la libération de son peuple. Et, du moment où il accepte de venir servir auprès de ses compatriotes, faut-il croire à sa sincérité? D’autant plus que le complot au cours duquel il fut arrêté est mentionné dans les archives françaises sous le nom de code »Opération Saphir ». Les services secrets français reconnaissent la véracité du complot au cours duquel Telli Diallo fut arrêté. Des lors ne serait-il pas plus intelligent de chercher à démontrer l’innocence de Telli au lieu de se fatiguer à contester une vérité historique reconnue par les français eux-mêmes?

3- Mr Marega parle de l’agression portugaise. Selon lui, les portugais étaient simplement venus chercher un des leurs. Pourtant plusieurs auteurs portugais dont les recherches fondées sur les archives portugaises ne souffrent d’aucune contestation. A titre illustratif je vous renvoie à, Antonio Luis Marinho (Operação Mar Verde – um documento para a história. Lisbon: Temas e Debates, 2006. 8°. ISBN 972-759-817-X), et MANUEL CARLOS DE FEREIRE…. Ce sont des ouvrages qui expliquent cette opération depuis l’initiative jusqu’à la fin avec des photos des conjurés, des cadres du FLNG (Siradiou Diallo, Tidjan Diallo, SISSOKO…) avec objectifs civils et militaires dont la résidence personnelle du Président AST, de Saifon, du PM Béavogui, de la RTG, de la défense… avec des images authentiques.

Vous trouverez également un documentaire portugais dans les archives du Club Ahmed Sékou Touré – France avec des témoignages vidéos du gouverneur colonial Spinola, du chef des opérations Alpoim Calvao, des mercenaires portugais et guinéens…

Mr Marega, démontrer l’existence des complots ne constitue plus notre préoccupation première. Tous les esprits avertis sont unanimes que la Guinée a subi et subit encore les conséquences de son choix historique du 28 septembre 1958 dont nous sommes les fiers défenseurs. Le Club Ahmed Sékou Touré – France continuera bien évidemment ses publications pour éclairer l’opinion nationale et internationale sur tous les événements survenus sous la première République. Mais désormais, notre recherche s’appesantit plus sur l’implication ou non de tous ceux qui ont été condamnés, ou exécutés, en tout cas tous ceux qui furent cités à comparaître dans ces différents actes de destabilisation. Et cela, dans le but de tirer l’équivoque sur les supputations des uns et des autres quant à la distinction des vrais innocents par rapport aux victimes imaginaires. La véracité des complots, cela est terminé.

A bientôt, Conakry!

Kemoko Camara
Président du Club Ahmed Sékou-France