La dot est une vieille tradition africaine et qui est toujours pratiquée comme c’était il y a des siècles. Elle est d’une importance capitale et incontestée à telle enseigne que les familles du marié et de la mariée engagée dans cette voie seraient scandalisées à l’idée de ne pas adhérer à cette coutume.

Pour le non-initié, la dot est une cérémonie qui donne la place à une négociation complexe et très formelle entre les deux familles pour parvenir à une entente mutuelle sur le prix que le fiancé aura à verser pour pouvoir épouser la fiancée. Cela peut se voir comme un achat, une vente, mais cette coutume n’a rien de commerciale.

La dot est un ensemble de biens que le mari doit céder à sa belle-famille pour rentrer dans ses droits matrimoniaux. Ces biens peuvent être de nature différente et selon les ethnies. Ce qui est commun à tous ces biens qui constituent la dot, c’est la valeur qu’ils symbolisent et non leur utilité, car généralement, ils sont comme témoignage, preuve juridique du mariage ou encore un geste pour se procurer une femme auprès d’une autre famille.

En région forestière, au sud de la Guinée, ce qui rend la dot si importante pour le mariage est qu’elle est synonyme d’union des deux familles. Le respect mutuel et la dignité sont présents tout le long de la cérémonie, et l’amour entre l’homme et la femme est élargi pour y inclure la famille proche et élargie.

La dot hier ou symbole de rapprochement des familles…

Comment se fait cette dot ? Le doyen Sékou Zogbélémou, petit-fils de la 5ème génération du fondateur de N’zérekoré explique : « Pour faire la dot d’une femme chez nous dans la région forestière, il faut nécessairement être en possession du « Bèlèhaaa » (le reste de tissu après le tissage chez le tisserand) ou le « Gbèsin » en kpèlè et le Guinzé en Toma (qui veut dire les 7 barres de fer), 12 noix de cola, avec une somme de 15 à 30.000 fg plus 5 litres du vin blanc. Ces objets sont des gages de l’alliance conclue entre les deux familles qui se mobilisent de part et d’autre pour donner toute leur bénédiction aux époux, à leur amour, à la paix et à la sécurité. Et retenez qu’une alliance de ce genre qui fait tomber les barrières entre lignages et la solidarité, subsiste longtemps après, même après l’échec du mariage ou la mort de l’un des deux époux. »

Aujourd’hui, la dot se complique et devient commerciale…

Mais, comme pour toutes les coutumes traditionnelles, la dot est exposée aux abus du monde moderne. Sa cérémonie est souvent compliquée et souvent confuse pour les couples modernes. Car elle comporte certains protocoles auxquels les familles des candidats au mariage sont contraintes.

Beaucoup de personnes ne réalisent pas que le but de la dot n’est pas l’enrichissement personnel, mais que l’argent reçu par la famille de la mariée est utilisé par la jeune mariée pour fonder son foyer (l’achat des bols, des ustensiles de cuisine, des draps, et quelques pagnes…). La dot est aussi un geste de gratitude et de reconnaissance de la part de la famille du marié envers la famille de la mariée pour avoir pris soin de cette dernière.

Aujourd’hui, pour certaines familles, la dot sert à payer leur dette même si derrière ce geste, certains hommes voient les femmes comme des marchandises qu’ils ont payées. Une considération qui, parfois laisse s’installer un climat de tension entre les mariés.

« De nos jours, c’est tout autre. Au lieu du « Bèlèhaaa » c’est « Hegue-moun-moun » ou Bla-mèfélè (les sept bandes d’étoffes), 10 noix de cola, avec une somme d’un à 4.000.000 GNF accompagnée des casiers de bières comme si l’on était à la réception d’une autorité française », déplore le doyen Sékou Zogbélémou.

Il est donc temps de revenir à nos pratiques ancestrales, car comme le dirait l’autre, « l’homme sans culture est comme un arbre sans fruit ».

Stéphane François Tatö, 621 506 380