Depuis quelques jours nous avons appris dans la presse un présumé détournement d’un montant faramineux de 200 milliards de francs guinéens qui cristallise toutes attentions et tous les débats. La réaction précipitée du gouvernement sans enquête préalable a surpris nombreux observateurs au point d’amener une certaine jeunesse de la majorité présidentielle à faire une déclaration au siège du Parti Présidentiel.

En tant que élu du peuple (et jeune) dont promouvoir le bien-être des populations à travers le contrôle de l’action gouvernementale pour une bonne gestion des derniers publics est un rôle constitutionnel, cette situation m’interpelle dans la mesure où elle revêt à la fois un grand enjeu et un grand défi pour la jeunesse guinéenne pour la simple raison que depuis toujours nous réclamons une forte représentativité des jeunes au sommet de l’État et dans les instances de prise de décision.

Il est vrai que les jeunes n’ont pas le monopole de la volonté de lutter contre la corruption et ne sont pas les seuls à être affectés par les conséquences de la corruption pour se présenter comme les garants d’une bonne gouvernance, au nom de laquelle garantie ils devraient revendiquer des postes de décision. Mais toujours est-il que pour ceux d’entre eux qui ont des qualités et des ambitions, se compromettre dans des affaires de corruption pouvant affecter les longues carrières qui les attendent est la dernière chose à laquelle ils pourraient penser.

Ces dernières années, le président de la République le prof Alpha Condé a déchiré le voile des préjugés qui consistaient à croire que les jeunes n’étaient pas suffisamment responsables et n’avaient pas l’expérience et les outils intellectuels nécessaires pour occuper de hautes fonctions. D’énormes progrès ont été faits et nous voyons de plus en plus de jeunes cohabiter avec des anciens dans la gestion de la chose publique. Les 518, le gouvernement et la 9e législature en sont des illustrations.

En dédiant son mandat à la jeunesse et aux femmes, le Président de la République nous mettait ainsi à l’épreuve pour répondre à ceux qui ont toujours cru que la jeunesse n’est pas faite pour les hautes fonctions.

C’est pourquoi à notre prise de fonctions le 21 avril 2020, je disais qu’étant jeunes dans cette grande aventure nous avons entre nos mains l’avenir du reste des jeunes que nous représentons. Si nous réussissons, on aura mis fin à tous les préjugés. Mais si nous échouons, on aura condamné pour de longues décennies les jeunes gens à rester loin de la sphère de décision et de gestion de notre pays. Car face aux détracteurs de notre couche, on aura aucun argument.

Le Prof Alpha Condé en nous dédiant donc son mandat nous offrait ainsi à nous jeunes un cadeau éternel pour notre affirmation et l’obtention pour une durée infinie de la place qu’on a toujours revendiquée. Il n’est donc pas permis de laisser cette immense opportunité nous échapper. C’est la raison pour laquelle je crois du plus profond de moi que l’évocation d’affaires rocambolesques de détournement impliquant les jeunes donne une mauvaise image de la jeunesse qui disons sincèrement a l’obligation de montrer un exemple de crédibilité dans la gouvernance et, singulièrement, la gestion des derniers publics. C’est pourquoi, en tout état de cause, il faut que lumière soit faite sur l’affaire des 200 milliards afin que la vérité soit connue dès lors qu’elle met en cause notre couche (notre génération) en la personne de la jeune ministre Zenab Dramé dite Zenab Nabaya. Telles sont des motivations suffisantes pour lesquelles l’affaire des 200 milliards doit être élucidée y compris sur la base d’une enquête parlementaire et/ou une procédure juridictionnelle.

Je félicite déjà le procureur pour s’être saisi du dossier, et l’encourage à travailler avec diligence pour mener à bien cette procédure judiciaire qui doit aboutir soit à condamner ou à blanchir la mise en cause pour l’honneur de notre génération.

Cependant, l’ASSEMBLÉE NATIONALE doit efficacement exercer son rôle de contrôle de l’action du gouvernement conformément à l’article 80 de la constitution en vigueur. Le déclenchement d’une procédure judiciaire ne peut l’en empêcher. Elle doit s’empresser de mettre en place une commission d’enquête parlementaire pour écouter la mise en cause qui elle, a l’obligation de dire toute la vérité et fournir toutes pièces nécessaires pour établir la vérité. Il faut rappeler qu’une commission d’enquête parlementaire est assimilable à une juridiction d’où l’obligation pour toute personne qui passe devant elle de dire toute vérité faute de quoi elle peut être poursuivie pénalement pour « faux témoignages faits sous serment devant une juridiction » Cour d’appel de Paris « arrêt du 9 novembre 2018 ».

La question qu’on pourrait se poser c’est : est-il possible pour l’assemblée nationale de créer une commission d’enquête parlementaire dès lors qu’une procédure judiciaire est déclenchée ? La réponse c’est OUI. Ce ne serait pas une première dans le monde. Il y’a une riche et récente jurisprudence en la matière c’est bien l’affaire Alexandre Benalla en France. Une telle démarche de l’assemblée nationale permettrait de faire respecter  » le principe d’autonomie des assemblées et mieux de permettre aux députés de cerner le champ d’intervention des commissions d’enquête parlementaire » tel que défini dans le dossier Numéro 3 d’octobre 2019 du conseil constitutionnel français « Les nouveaux rapports entre pouvoirs à l’aune des affaires Fillon et Benalla : vers une multiplication des contrôles ? ».

Je voudrais rassurer les populations notamment les militants du RPG arc-en-ciel et alliés et particulièrement la jeunesse de rester calmes car nous suivons ce dossier de près.

Nous gouvernants devons avoir à l’esprit que le contexte est tel qu’il faut éviter que le fruit pourrisse de l’intérieur. Tout acte qui peut créer des frustrations au sein des populations et de nos soutiens (militants) doit être observé avec beaucoup d’attention sinon il sera difficile de canaliser les tensions. Nous avons promis de gouverner autrement. Le peuple nous a soutenu pour ça et on doit respecter notre part de promesses.

Par ailleurs, soumettre un gouvernant à une procédure judiciaire ou une enquête parlementaire ne jette nullement pas de discrédit sur un gouvernement ou un régime. Il constitue au contraire un indicateur de performance de la bonne gouvernance. Pour que plus rien ne soit comme avant, nous restons engagés avec le Prof Alpha CONDÉ pour plus démocratie et de Bonne gouvernance en vue d’une prospérité partagée.

Hon. Tokpa Jean KOLIE Député à l’assemblée nationale de Guinée.